Gaël Monfils et Roger Federer ont un seul "objectif" : gagner Roland-Garros. Le Français doit battre le N.1 mondial vendredi sur le central de Roland-Garros s'il veut atteindre sa première finale de Grand Chelem. Depuis 1968, seuls trois Français ont réussi à atteindre la dernière marche.
Gaël Monfils (FRA) - Roger Federer (SUI/N.1)
Face-à-face : 3/0 pour Federer.
De loin, l'affiche a quelque chose de démesuré et déséquilibré : un joueur de 21 ans dispute sa première demi-finale de Grand Chelem face à une légende vivante, un joueur qui est N.1 mondial depuis quatre ans et qui est capable de jouer tous les coups du tennis possibles, et plus encore. Si on se rapproche un peu, on comprend que le jeune homme se soucie peu des histoires que l'on raconte autour de lui, que seuls trois de ses compatriotes se sont qualifiés pour la finale depuis 40 ans par exemple. De près, cela se précise: Gaël Monfils n'est pas un adolescent turbulent, pas un flambeur, ni un danseur de hip-hop contrarié. C'est un sacré gaillard de 1,93m qui a fini sa croissance, mais qui n'en finit pas de grandir, sur le court et en dehors. On comprend mieux l'affiche : Federer-Monfils, c'est un match entre deux joueurs qui veulent gagner Roland-Garros. En cinq matches à Roland-Garros, Monfils a effacé sa face cachée, ce personnage spectaculaire et trop fragile qui collait à sa peau, le fameux "Sliderman". Comme un personnage de Marvel, Gaël a connu quelques crises avant de maîtriser ses superpouvoirs et les mettre au service du bien, c'est-à-dire dans ce cas précis, du tennis. L'intrigue du jour, c'est qu'il se retrouve face à un joueur qui incarne quasiment à lui tout seul le tennis, un joueur que seul Rafael Nadal a pu stopper à Roland-Garros depuis trois ans et qui n'a perdu que trois demi-finales de Grand Chelem dans sa carrière (dont une à Roland-Garros en 2005, et la dernière en date, en Australie, face à un jeune de 21 ans).
Monfils "monte en puissance"
Que peut-il opposer à cela ? Sa décontraction, à toute épreuve depuis le début du tournoi, sa concentration, qui lui a permis d'user tous ses adversaires et sa marge de progression. La majorité de Monfils, ce n'est pas en centimètres ou en km/h que cela se compte, mais en gestion d'un formidable potentiel. Techniquement, il peut faire beaucoup plus que défendre et épuiser ses adversaires. Il aimerait, comme son entraîneur Thierry Champion, faire exploser la balle "comme James Blake" sur un ou deux coups. Les deux ont appris à canaliser cette envie. Reste à faire jaillir cette puissance contenue à bon escient face à Roger Federer. Son coach, qui le connaît si bien, qui a su le bousculer à Valence cette saison quand il s'enlisait dans son jeu, sait qu'il "monte en puissance" et qu'il peut s'adapter au niveau de ses adversaires. Sa défense élastique ne suffira pas. Il faudra claquer plus d'aces, et répondre au jeu offensif de Federer. Le Suisse, Monfils n'en fait pas une montagne. Il l'a déjà joué, trois fois, et si ces rencontres se sont soldées par trois défaites, dont deux cette année, il a déjà ses repères. Il sait que c'est exceptionnel : "Jouer Federer chez moi, ce sera un gros match", mais ajoute en recadrant "Il m'a battu deux fois cette année, alors le jouer chez moi, ce sera un peu une revanche". Au premier set de sa défaite, à Monte-Carlo, il avait montré de belles choses sur le court, malgré un tennis hésitant. Là, il donne le sentiment de pouvoir encore élever son niveau de jeu.
Un Petit Chelem pour Monfils
Est-ce que cela sera suffisant ? Federer n'a joué que des adversaires qui aimaient la cadence jusqu'ici. Il tentera d'imposer ses fulgurances au jeu de grande envergure, chaloupé et quelques fois électrique de ce Français qui sera soutenu par tout un public. Cela aussi, Federer le sait. La belle histoire des Parisiens depuis trois ans, c'était la conquête de l'élégant N.1 mondial. Vendredi, elle sera court-circuitée par celle de Monfils. En 2004, Federer remportait son premier Petit Chelem, Monfils aussi, chez les juniors, sans l'US Open mais avec Roland-Garros au palmarès contrairement à Federer. Thierry Champion a insisté sur l'histoire de son protégé cette semaine : "Je m'appuie sur ses parcours chez les juniors. C'est une expérience non négligeable ", et de rappeler que Gaël lui avait dit quand ils se sont connus "qu'il voulait être N.1 mondial". Quand Gaël marchait à côté de ses pompes, cela tenait de la fable. Aujourd'hui, on remarque que sa pointure (il chausse du 50) en impose. Un confrère espagnol (elpaïs.com) écrivait après sa victoire sur David Ferrer, qu'il lui paraissait que Monfils grandissait au fil des échanges et de la partie. Ce n'est pas fini: devant le gigantesque Federer, Monfils entre à grands pas sur le central...