Vous aimez lancer des citations, parmi elles, il y en a une très célèbre, que je vous cite : « Le rire est le propre de l’homme, je serai son gant de toilette », que voulez-vous dire là ?
« Oui, le rire est le propre de l’homme et je serai
son gant de toilette », c’est une citation, je n’ai fait que la termier et j’ai sorti le gant de toilette
et lui ai redonné, peut-être à ma manière, pour la remettre au goût du jour, un rire hexagonal. C’est vrai que ce rire, on ne le connaissait pas, le rire
d’origine maghrébine, il était méconnu il y a une trentaine d’années, puis quand je dis que je serai son gant de toilette, c’est de l’humour tout court, sans prétention.
Que vouliez-vous dire par gant ? nettoyage d’idées reçues,
par exemple ?
Non, pas nettoyage, plutôt rafraichir.
Sur votre site, vous dites : « L’Algérie est ma patrie de naissance et la France mon pays de reconnaissance. »
Certes, les jeunes beurs ne partagent pas cette idée en ce qui les concerne, car la France pour eux, elle ne les reconnaît pas ! Et si vous vous souvenez des
émeutes fin 2005, cela confirme ce malaise !

Oui, oui, on va procéder par étape. D’abord, quand je parle de la France mon pays de reconnaissance ; c’est à travers mon métier, j’ai eu cette chance d’avoir cette reconnaissance,
même si je suis récompensé par un Molière, une
récompense officielle. Mais la reconnaissance du public, et plus importante, et quand je parle de reconnaissance c’est à ce niveau-là, maintenant, effectivement, ce n’est pas parce que Smaïn est reconnu et a eu un Molière que cela évacue tous les problèmes. Je ne suis pas médecin, je ne suis qu’un observateur du quotidien. En fin de compte, à travers mes sketchs, j’ai envie d’être le miroir de la société. Je ne suis pas là pour apporter des solutions, je ne fais pas de la politique, je suis
plus, comment dire, un élément de l’assiduité, de la réflexion à travers mes sketchs, plutôt que
créer la polémique, je crée l’opposition. Alors, maintenant, effectivement, il y a des jeunes qui sont dans le désarroi, mais il n’y a pas que ça, ils ne sont pas tous dans le désarroi, il y a une majorité qui travaille, ils ont eu la reconnaissance, en tous les cas ils sont bien présents dans la société française et ils sont heureux d’être français. Je ne veux pas parler uniquement des banlieues, il y a des gens qui bougent, ils sont à Paris, heureux d’appartenir à une communauté ; ils sont avocats, médecins… On parle toujours plus des minorités, qui font plus
de bruits, ils peuvent avoir des torts, c’est sûr… C’était une erreur politique de ghettoïsation,
après la guerre, on a parqué tous les étrangers, tous les immigrés, tout autour de Paris, ce qu’on appelait la zone rouge. Voilà, moi j’ai eu une autre
chance, une chance qui était primordiale pour moi, c’est que je n’ai pas vécu dans ces ghettos, il ne faut pas avoir peur de dire cela. Oui, c’est des ghettos… Voilà !!
Mais aujourd’hui, il n’y a plus personne pour parler de leur réalité ! Vous l’avez fait à vos débuts, vous n’hésitiez pas à jouer des rôles qui appuient des
points sensibles de l’histoire, tel que le rôle de Saïd dans Harki!
:D’abord, pour Harki,
ma première ambition dans le
film n’était pas d’avoir un discours
politique, mais surtout
porter un regard sur cette fille
Leïla, qui justement souffre des
conséquences de l’histoire. La
polémique ; il peut toujours y avoir une polémique, bien sûr, mais le propos n’était pas là ! C’est une fille qui a suivi son père, elle vit une crise identitaire aussi.